Le temps d'avoir du bon temps – soumis par Kelvin Honsinger


« Nous ne sommes pas ici pour longtemps, mais nous sommes ici pour avoir du bon temps! » J’ai entendu ce petit conseil en voyageant dans un van au Guatemala avec un jeune homme nommé Rhodes, un entrepreneur sud-africain. Il n’était pas exactement un érudit; il suivait simplement sa sagesse terrestre pour justifier son style de vie égoïste et complaisante qui l’a amené à parcourir le monde pour satisfaire son appétit pour l’exotisme et l’extrême. Tenté de débattre avec lui, j’ai plutôt décidé de simplement réorienter cette devise.

Chacun comprend sûrement que sa vie est comme une vapeur; elle passe vite. Ce monde n’est pas le nôtre et nous n’avons pas longtemps pour en tirer le meilleur parti. Nous sommes destinés à la grandeur, chacun de nous étant imprégné de l’image de Dieu et investi d’un sens du destin lié à l’oeuvre rédemptrice de Jésus-Christ (1 Corinthiens 6.19-20). Sachant que nous ne nous appartenons plus à nous-mêmes, nous répondons à un appel plus élevé qui nous pousse à être vraiment « ici pour avoir du bon temps ». Nous poursuivrons ce qui est bon et digne de nos vies. Nous vivrons avec intention et dessein - pour « saisir ce qui est bon », comme le dit Paul (Romains 12.9). De quelle autre permission avez-vous besoin? Faites tout le bien que vous pouvez, pour autant de gens que vous le pouvez, tant que vous le pouvez. Le prophète de l’Ancien Testament le dit ainsi dans Ésaïe 1.17 : « Faites le bien. Recherchez la justice. Aidez les opprimés. Soutenez l’orphelin. Plaidez pour la veuve. »

Puis-je vous demander de quoi est-il l’heure? De vivre votre vie? Dans le rythme de notre vie, il y a des moments où nous avons avantage à appuyer sur le  bouton Pause pour répondre à cette question de façon responsable. Espérons que la réponse à la question – de quoi est-il l’heure - permettra de se recentrer et d’avoir une vision stimulante de la voie à suivre. Mieux vaut que nos pieds nous mènent là où nos pensées honnêtes nous mènent. Certains passages de notre vie semblent offrir plus d’opportunités pour cela, mais n’importe quel moment est en fait le bon moment. De quoi est-il l’heure?

Peut-être avez-vous 20 ans et vivez-vous entre deux eaux, pris entre les études et une carrière - ou peut-être songez-vous à vous installer et à fonder une famille. Vous n’êtes pas certain des prochaines étapes? Vous voulez profiter au maximum de cette période opportune de votre vie? Êtes-vous tenu par l’honneur de faire quelque chose de significatif et d’influent qui fait une différence dans votre monde et qui vous permet de justifier certains privilèges? Comment pouvez-vous utiliser ce moment que vous ne rattraperez jamais pour le plus grand bien? Quand vous priez, quelles pensées inspirées avez-vous quant au fait de servir quelque part dans le monde? Comment saurez-vous si Dieu vous « appelle » à une mission qui changerait votre vie? Qu’en est-il du coût? Qu’est-ce qu’il vous en coûtera si vous dites non?

Je peux passer rapidement à un autre moment crucial de notre vie. Vous vous trouvez peut-être à un stade où vous terminez beaucoup de choses. Vos enfants ont quitté la maison, vos dettes sont en baisse, votre carrière est en hausse, vos horizons sont différents à travers des lentilles bifocales. Alors, qu’est-ce que vous voyez? Quelle est la part de votre temps présent qui est moins encombrée? À quoi osez-vous rêver? Et sachant que Jésus est l’Auteur de votre foi et celui qui la mène à son terme, comment votre prochaine saison peut-elle. continuer à s’aligner avec les desseins du Royaume de Dieu d’une manière digne du don de la vie qui vous a été fait? De quelle manière votre compréhension de l’ « appel » vous libèrera-t-elle en vue du service au-delà de vous-même?

Quelle que soit votre place dans la vie, rappelez-vous qu’il s’agit avant tout de passer « du bon temps ». Et, dans tous les cas, j’ai le sentiment que ce cheminement vers les plus hautes possibilités et un but renouvelé est lié à ce que nous comprenons comme notre « appel », notre chemin ordonné par Dieu dans la vie. Certains de mes amis appellent cela « ce que l’univers nous a préparé ». Dans le contexte chrétien, parce que nous avons répondu dans la foi à une relation personnelle avec le Créateur de l’univers, nous pouvons parler avec confiance de cet « appel » en termes très personnels. Dieu s’intéresse à chaque détail de notre vie, tout le temps. Notre « vocation » est une façon de décrire comment nous arrivons à composer avec les routines et le train-train de tous les jours, tout en gardant le sentiment que nos activités sont plus importantes qu’elles ne le semblent et qu’elles ont une qualité spirituelle et durable.


Photo of a street in Brazil

Malheureusement, pour beaucoup de chrétiens, l’ « appel » a été institutionnalisé ou professionnalisé, s’appliquant surtout à certains ministères ou contextes missionnaires. On pense qu’il est réservé à une certaine catégorie de personnes qui témoignent d’être appelées à prêcher ou à enseigner la Bible ou à aller au-delà des frontières culturelles et nationales pour partager l’Évangile. Dans la tradition pentecôtiste, il y a aussi eu une base mystique pour l’ « appel » ou la vraie vocation (de la racine latine vocare = appeler), où l’on s’attend à ce qu’une personne puisse attester qu’elle a entendu la voix de Dieu l’appelant de façon évidente à un service noble. Ces traditions sont censées valoriser et valider la « vocation », mais le risque est qu’elles puissent rendre exclusif ce qui est censé être inclusif.

Alors, de quoi est-il l’heure? Et si nous démystifions ce que signifie être « appelé » en reconnaissant « la vocation de façon tout à fait différente - non pas comme un but à atteindre, mais comme un don à recevoir. Découvrir la vocation ne signifie pas se précipiter vers un prix qui me dépasse, mais accepter le trésor du vrai moi que je possède déjà. La vocation ne vient pas d’une voix qui m’appelle à devenir ce que je ne suis pas. Elle découle d’une voix intérieure qui m’appelle à être la personne que je suis appelée à être de par ma naissance, à accomplir l’identité originelle pour laquelle Dieu m’a conçu. » (1)

Cette approche donne lieu à une série de questions différentes. Au lieu de demander si je suis à la hauteur, si je peux répondre aux attentes des autres ou ce que je devrais faire de ma vie, nos questions seront plutôt de cet ordre :

Qui suis-je?  Que signifie être une création unique de Dieu, conçue uniquement pour être ce que personne d’autre ne peut être? Quelle vie vivez-vous, si elle n’est pas la vôtre? Quels sont les projets qui vous empêchent de dormir la nuit? Comment pouvez-vous utiliser vos expériences, vos compétences et votre passion pour faire une différence? Êtes-vous prêt à laisser vos limites, vos ombres aussi bien que votre lumière, contribuer à votre « appel »?

À qui suis-je? – Qu’est-ce qui changera pour vous, du fait que vous savez que Dieu lui-même se réjouit en vous et connaît à l’avance votre chemin (Psaume 139.13- 18)? À quoi vous accrochez-vous ou qu’essayez-vous de faire par votre propre force qui vous empêche de rester fermement attaché à ses plus grandes promesses? Dans quelle mesure êtes-vous prêt à appartenir à une « communauté » et à recevoir encouragement et redevabilité de personnes qui se soucient de votre cheminement?

Qui puis-je être? – Qu’est-ce que la voix intérieure vous dit au sujet du fait de vous lancer vers l’inconnu? Sûr de ce que vous savez de vous-même, quelle est votre plus grande possibilité future? Comment voulez-vous répondre présent? Qu’est-ce qui fera la différence entre vivre « petit » et vivre courageusement? Que pouvezvous me dire de vous-même? Qu’est-ce que vous aimeriez que vos enfants ou vos amis racontent à votre sujet? Quelle joie pourrait-il y avoir à vous abandonner, à être « un crayon dans la main d’un Dieu qui écrit »? (2) Par où allez-vous commencer?

Un point de départ décisif est de savoir que « notre vocation la plus profonde est de grandir dans notre propre identité authentique, qu’elle soit conforme ou non à quelque image de ce que nous devrions être. Ce faisant, nous trouverons non seulement la joie que tout être humain recherche, mais nous trouverons aussi notre chemin de service authentique dans le monde. » (3)

Trouvez le lieu où vous êtes comblé, pleinement vivant, servant et aimant les autres, répondant aux besoins du monde tout en étant exactement ce que Dieu a fait de vous. Et n’oubliez pas que la vraie vocation vous unit au service à l’endroit où votre joie profonde répond aux besoins profonds du monde. » (4)

(1) Parker Palmer, Let Your Life Speak: Listening for the Voice of Vocation (San Francisco: Jossey-Bass, 2000), p.10; (2) Mère Teresa; (3) Parker Palmer, Let Your Life Speak: Listening for the Voice of Vocation (San Francisco: Jossey-Bass, 2000), p.16; (4) Frederick Buechner, Wishful Thinking: A Seeker’s ABC (New York, NY: HarperOne - Harper Collins Publishers; revised edition, September 24, 1993), pp. 118-119

Photo of Kevin Honsinger

Kelvin Honsinger est coach exécutif certifié et un ministre ordonné des Assemblées de la Pentecôte du Canada. Il a précédemment servi au poste de Directeur exécutif de ERDO, organe humanitaire des APDC. Il est actuellement pasteur exécutif à l’église Glad Tidings Church, Burlington (ON). Kelvin peutêtre rejoint à kelvin@spectus.ca.