Témoignages d’étudiants engagés dans la vie réelle
Comme nous sommes au mois de juin, il est largement admis au sein de notre Fraternité que le 21 juin est la Journée nationale des peuples autochtones. Ce que peu de gens savent, c’est que juin est également le Mois national de l’histoire autochtone.
En tant que responsables chrétiens, nous ne devrions pas considérer ce mois comme un simple événement laïc inscrit sur nos calendriers, ni comme une case à cocher. Je vous invite plutôt à vous imprégner de la profondeur de ce souvenir. Le véritable souvenir biblique se caractérise par une harmonisation relationnelle avec le cœur de Dieu, qui aspire à la justice, à la guérison et à un véritable shalom pour nous, ici au Canada.
Christ nous a appelés à des relations transformatrices, et non transactionnelles. En tant que Directeur exécutif de l’Aboriginal Bible Academy (ABA), le cœur de ce ministère – et le mien aussi – réside dans cette dimension de construction de relations authentiques. L’ABA existe parce que nous voulons écouter, accompagner et soutenir les croyants autochtones alors qu’ils dirigent leurs propres familles, églises et communautés.
Au cours des dernières années, nous sommes passés à un modèle d’enseignement à distance et de formation de disciples. Nous avons en effet pris conscience que l’Évangile se répand le plus efficacement lorsque les peuples autochtones ont la possibilité d’apprendre et de diriger là où ils se trouvent, sans renoncer à l’identité que leur a donnée leur Créateur.
Outre l’accent mis délibérément sur le développement de relations transformatrices, je souhaite partager quelques témoignages d’élèves qui illustrent comment cela se concrétise et s’intègre dans leur quotidien.
Thomas* : Partager le pain de vie dans la salle de pause
L’un de nos étudiants à l’ABA nous a fait part d’une expérience marquante qu’il a vécue récemment sur son lieu de travail.
Thomas occupe un poste à temps plein très exigeant. Cependant, sa passion pour la Parole l’a amené à se forger un rythme quotidien bien à lui. Alors que ses collègues passaient leurs pauses à consulter leur téléphone ou à parler du week-end, Thomas se plongeait dans ses notes de cours de l’ABA.
Son habitude n’est pas passée inaperçue. Après avoir remarqué pendant des semaines que Thomas s’installait dans un coin avec ses livres et son surligneur, son patron est finalement allé le voir et lui a demandé : « Qu’est-ce qui t’intéresse tant pour que tu passes toutes tes pauses déjeuner à étudier ça ? »
Cette simple question a ouvert une porte à laquelle Thomas frappait sans véritablement s’en rendre compte. Il ne s’est pas appuyé sur un exposé théologique soigné. Il s’est contenté de partager ce qu’il était en train d’apprendre : la nature de Dieu et pourquoi celle-ci revêtait une valeur profonde dans sa vie. Ce qui n’était au départ qu’une question sur les « devoirs » s’est rapidement transformé en une conversation simple mais profonde sur l’espérance, le sens de la vie et l’amour de Jésus-Christ.
L’histoire que Thomas nous raconte nous rappelle magnifiquement une vérité que nous avons souvent tendance à oublier. Dieu n’attend pas que nous ayons tout compris avant de nous utiliser. Ce qu’il est important de comprendre, c’est que Thomas est encore étudiant et qu’il n’a pas encore obtenu son diplôme. Thomas est loin de tout savoir. Il apprend sans cesse, ce qui montre qu’il n’avait pas besoin d’être un « expert » pour être un témoin. En intégrant simplement son cheminement de disciple à son quotidien, il a montré à ses collègues ce que signifie suivre Christ jour après jour.
Cela me rappelle un prêtre catholique qui, un jour, avait mis au défi les laïcs de sa paroisse locale de s’engager dans le ministère, même s’ils estimaient ne pas avoir le temps ou le talent nécessaire. Il avait déclaré : « C’est la marche des indignes, alors mettez-vous en rang ».
Michael : Des rues à la prédication de rue
Michael Hopp est issu de la Première Nation Sto:lo, en Colombie-Britannique. Il a quitté le domicile familial à l’âge de 19 ans pour mener une vie errante et a grandi dans les rues de Vancouver. Pendant 40 ans, il a mené une vie marquée par la dépendance à la drogue et à l’alcool, luttant souvent contre une dépression sévère, des pensées suicidaires et une envie récurrente de s’en prendre à son père (allant même jusqu’à élaborer des plans précis à plusieurs reprises).
À l’âge de 58 ans, Michael a vécu une rencontre extraordinaire avec Jésus, qui a bouleversé sa vie, lors d’une mission de rue locale d’East Hastings, à Vancouver. Cette première rencontre avec Christ a complètement libéré Michael de ses dépendances, de sa dépression et de ses pensées violentes. Gloire à Dieu!
Pendant les 16 années qui ont suivi, de ses 58 à ses 74 ans, Michael a exercé son ministère dans ces mêmes rues où il avait grandi. Il a dirigé des équipes missionnaires, prêché, prié et partagé l’amour de Jésus. Chose étonnante, il a mené toutes ces activités tout en poursuivant des études bibliques à l’ABA, où il a finalement obtenu, avec mention, un diplôme d’études ministérielles!
Michael a malheureusement perdu, fin février 2025, un combat soudain et bref contre le cancer. Cependant, au cours de ces 16 années bénies, il a été un homme qui s’est fièrement joint à la « marche des indignes ». Pendant près de deux décennies, Michael s’est engagé et a été puissamment utilisé par le Seigneur pour apporter guérison, espoir et plénitude à la prochaine génération de ceux qui sont imparfaits, brisés et non-qualifiés.
Mettez-vous en rang
Alors, qu’est-ce que cela signifie pour nous ? Cela nous place face à un défi : nous mettre au pas, rejoindre la marche des indignes.
L’apôtre Paul a écrit à l’église d’Éphèse, et ses paroles trouvent un écho profond :
« Faites donc bien attention à la façon dont vous vous conduisez : ne vous comportez pas comme des fous, mais comme des sages : rachetez le temps… » (Éphésiens 5.15-16 S21).
Saisissons pleinement chaque occasion qui se présente à nous, car nous ne savons jamais quand – ni même si – cette occasion se représentera. Soyons pleinement disposés à nous laisser utiliser par Dieu, tels que nous sommes et là où nous sommes, pour apporter son amour, qui transforme les vies, à un monde brisé.
Prière de clôture
Seigneur Jésus, nous te rendons grâce pour ta présence. Je te rends grâce car c’est un privilège incroyable de servir ton royaume ensemble, au sein de notre Fraternité. Alors que nous traversons ce mois de juin, je prie pour que le Mois national de l’histoire autochtone ne soit pas seulement une date sur notre calendrier, mais une véritable invitation à harmoniser nos cœurs avec le tien. Donne-nous la grâce et l’humilité de nous souvenir comme il se doit, d’honorer notre patrimoine, d’écouter les récits et de nous engager dans l’œuvre essentielle de véritable guérison et de réconciliation à travers le Canada. C’est pourquoi, aujourd’hui, nous nous présentons les uns les autres devant toi; mets-nous au défi de répondre à l’appel radical du don de soi lancé par Christ. Nous te le demandons en ton nom. Amen.
*Les noms ont été modifiés pour des raisons de confidentialité.